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Elle restaure Saint-Roch

Article Nouvelle Gazette du 7 mars 2000
Auteur : Catherine Bastin
Photos : Denis Gauvin

La statue en bois polychrome du protecteur de Thuin date du XVIIIe siècle. Avant sa sortie dans quelques semaines, une restauratrice s'en occupe, avec autant d'amour que de fidélité à l'oeuvre originelle.

Aux bons soins d'une doctoresse

Arlette Doffigny est aux petits soins pour son nouveau pensionnaire maltraité par les intempéries, usé par le poids des ans, abîmé par maladresse. Le malade presque sept fois centenaire souffre de nombreux maux: une main rafistolée, un doigt manquant, un épiderme décoloré et une assise boiteuse. Mais son cas n'est pas désespéré, confie le médecin particulier qui accueille en traitement la statue en bois polychromé du XVIllè siècle, joyau de l'église Notre Dame Del Vaux, Ville Basse à Thuin.


" Réalisée dans le cœur du chêne, la statue n'est pas vermoulue. Tout au plus a-t-elle souffert de multiples manipulations qui ont laissé des cicatrices ça et là. Mais rien de dramatique. En trente, quarante jours, St Roch aura meilleure mine! "

Arlette Doffigny est restauratrice d'œuvres d'art depuis trois décennies. C'est à l'Académie de Charleroi où elle a eu M.Bosquet comme maître qu'elle s'est initiée aux techniques minutieuses de la rénovation de tableaux, statues, faïences, poteries. Franchissant plusieurs fois par jour la délicate frontière qui sépare les artisans des artistes, la Thudinienne ne se sent nullement frustrée par un travail qui consiste à préserver les oeuvres d'autrui. " Le restaurateur n'est pas autorisé à inventer, il doit respecter le témoignage qui lui est confié." Lui rendre vie en quelque sorte en ayant l'air de ne pas y toucher! Car leur saint patron, les habitants de la Haute Sambre y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Pas question de s'autoriser la moindre fantaisie ou de modifier quoi que ce soit à l'apparence de la statue polychromie. Pourtant la relique comporte quelques anachronismes: le chapeau étroit de bord ne correspond pas couvre-chef habituellement porté par les pèlerins, la besace qui devait autrefois alourdir son flanc gauche a disparu. Enfin, son compagnon de route, un gentil toutou, a été réalisé bien plus tard. Ces détails peu harmonieux n'ont pas échappé à la vigilance de notre restauratrice qui se gardera de toute intervention jugée inappropriée. Avec l'aide de sa fille Martine Botson, plus calée dans les soudures de sculpture, Arlette mastique les lacunes et ressuscite la polychromie à l'aide de pigments naturels.

Dans quelques semaines, le thaumaturge invoqué pour se protéger des maladies contagieuses réintégrera son sanctuaire avant d'être processionné le troisième dimanche de mai par quelque deux mille marcheurs. Né en 1293 dans le sud de la France, St, Roch a consacré sa vie au soulagement des pestiférés et des choléreux. Le 21 mai, on le vénère pour ses bienfaits tandis que ses défenseurs l'invoquent pour triompher des troupes du Prince de Condé lors du siège de la ville en 1654. Un double rôle qui méritait bien une restauration profonde dont s'acquitte fort bien Arlette, une enfant du pays.